Enseignants à bout : quand le métier qu’on aimait devient une prison

Il y a une phrase qui revient souvent dans mon cabinet, formulée de dix façons différentes mais qui dit toujours la même chose : «J’aimais tellement enseigner, mais je n’en peux plus»

C’est précisément ça le problème. Le décalage entre vos aspirations pour le métier et la réalité du terrain.

Ce que vous viviez avant et ce qu’on vous demande maintenant

Vous avez choisi l’enseignement pour transmettre. Pour voir quelqu’un comprendre quelque chose qu’il ne comprenait pas cinq minutes avant. Pour ce moment-là, précis, irremplaçable. Personne ne choisit ce métier pour remplir des grilles d’évaluation, défendre ses chiffres devant une direction qui parle de «performance», ou gérer des parents qui remettent en question chaque décision pédagogique…

Le contrat a changé. Personne ne vous a demandé votre accord.

Et c’est ça qui crée cette fatigue particulière, pas l’épuisement physique, pas même l’épuisement émotionnel au sens clinique, mais quelque chose de plus profond : le sentiment d’avoir été dépossédé de ce pour quoi vous étiez fait.

Le chiffre qui dit tout

Selon une enquête du Réseau Éducation et Solidarité, 41% des enseignants belges déclarent qu’ils ne choisiraient plus ce métier si c’était à refaire, 75% pensent que que la profession d’enseignant·e n’est pas valorisée dans la société et que les avantages ne compensent pas les inconvénients*. On ne dit pas que les instituteurs et enseignants n’aiment pas enseigner mais que ce qu’on leur demande de faire n’a plus grand-chose à voir avec l’enseignement.

Ce que j’observe dans mon travail

Les enseignants qui viennent me voir ne sont pas tous en burn-out déclaré. Beaucoup sont encore debout, encore fonctionnels mais avec cette sensation de marcher dans des sables mouvants. Ils ont arrêté de dire ce qu’ils pensent en réunion parce que ça ne sert à rien. Ils ont arrêté d’innover en classe parce qu’ils n’ont plus l’énergie de se battre. Ils rentrent chez eux et ne parlent plus de leur journée parce qu’ils n’ont plus les mots ou parce qu’ils ont honte de ce qu’ils diraient.

Ce n’est pas de la faiblesse. C’est une réponse logique à une situation absurde.

Ce sur quoi on peut travailler

Il y a des choses qu’on ne peut pas changer : les réformes, les directions, les classes surchargées, les parents. Ce n’est pas là que je travaille.

Ce sur quoi on peut agir, c’est ce qui se passe à l’intérieur de tout ça. La façon dont vous interprétez une réunion humiliante. Ce que vous vous dites sur vous-même quand un élève vous répond. Ce que vous portez déjà sur vos épaules avant d’être enseignant·e et qui rend tout ça encore plus lourd.

C’est aussi explorer ce que «enseigner» peut vouloir dire autrement : des cours particuliers, un blog éducatif, de la formation pour adultes, du tutorat. Pas comme une résignation, comme une reprise de pouvoir sur sa propre trajectoire.

Si vous vous reconnaissez et que vous avez besoin de parler de ce que vous traverser alors vous pouvez réserver une première séance directement via le lien de prise de rendez-vous sur ce site.

*Baromètre International RES, Billaudeau & al., 2021

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